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ACTUALITES

Schéma maturation

De l’oncologie à la cosmétologie, chronique d’un transfert réussi

  |   Lettre d'information

A l’heure où le mot innovation est dans toutes les bouches, le défi que représente l’incarnation de ce concept n’en est que plus grand. Si le sens actuel du mot « innovation » relève davantage du néologisme que de sa racine latine stricte – rendre nouveau, restaurer – une chose est cependant certaine : l’innovation nécessite une organisation agile favorisant la rencontre et se distingue de l’invention par sa mise en œuvre concrète. C’est ainsi, qu’un transfert de technologie répondant à ces critères s’est déroulé entre l’ITAV et Syntivia grâce au concours de la Toulouse Tech Transfer. Chronique d’une réussite pour les 3 partenaires…


 

Une grande traversée…

 

Organisation « agile » rime tout d’abord avec rencontre. Certaines structures sont plus propices que d’autres à ce genre de rencontre. Le centre Pierre Potier au sein duquel sont implantés laboratoire et entreprises, l’ITAV et Syntivia, l’entreprise bénéficiaire, relève de cette catégorie. Le premier, laboratoire public, réalise des travaux de recherche sur un modèle biologique, les « sphéroïdes » et dispose sur ses plateaux techniques des outils tels que le microscope à feuille de lumière (SPIM ) permettant d’imager des échantillons aussi denses et épais possède la ressource permettant d’observer des échantillons aussi épais. Le second, Syntivia, jeune entreprise plusieurs fois primée sur des aspects marketings et scientifiques, conçoit et produit des molécules d’actifs cosmétiques. Le rapport entre les deux pourrait paraître de prime abord relativement ténu…

A l’origine, une rencontre entre les directeurs respectifs de ces structures (Bernard Ducommun pour l’ITAV et Philippe Bedos pour SYNTIVIA) et l’émergence d’un nouveau concept : les sphéroïdes pourraient constituer un moyen privilégié de tester des actifs dépigmentant, un marché en plein essor en Asie. Une adaptation, un transfert qui, sans financement et sans une solide expérience dans le domaine, peut prendre les allures d’un long et hasardeux chemin à parcourir, la fameuse « traversée du désert »…

 

…bien accompagné !

 

C’est Toulouse Tech Transfert (TTT), la Société d’Accélération du Transfert de Technologies (S.A.T.T.) de Midi-Pyrénées, qui a apporté une réponse aux difficultés, d’abord matérielles, de mise en œuvre en adoptant rapidement la décision de soutenir le projet. « Ils ont apporté les financements et une gestion de projet nécessairement différente de ce que nous avions l’habitude de faire dans la recherche. C’était très rassurant » ajoute Bernard. TTT a alors recruté un ingénieur de valorisation en la personne de Marine Norlund. Affectée à plein temps à ce projet et basée dans l’équipe de recherche, elle a travaillé durant près de 16 mois à l’adaptation de la technologie des sphéroïdes. « Ce modèle biologique largement utilisé dans le domaine de l’oncologie a été adapté afin qu’il soit capable de mimer l’organisation et les fonctions de l’épiderme, tissus dans lequel se déroule la pigmentation. En rapport avec le marché visé par Syntivia, c’était en effet ce mécanisme qu’il fallait bloquer » explique Marine.

 

A l’origine, l’ITAV a donc apporté deux technologies, les sphéroïdes et les outils d’imagerie permettant de les observer ; Syntivia la connaissance du marché et de l’épiderme ; TTT son financement et son expertise de la gestion de projet. Bilan, 16 mois plus tard, la propriété intellectuelle est répartie entre les découvreurs, Syntivia est devenu l’utilisateur exclusif de cette technologie sans avoir eu à en supporter ni les frais, ni les risques et l’innovation a été brevetée par TTT au nom des inventeurs et établissements impliqués. Un dernier point positif : l’ingénieur de valorisation a été recruté en CDI par Syntivia au terme de cette maturation. Alors le transfert ? Une traversée du désert ? « Alors avec des réserves d’eau ! » plaisante B. Ducommun….

 

 

 


Témoignages


 

Philippe BEDOS (co-fondateur et président de SYNTIVIA)

 

Le changement de paradigme

 

“Nous faisons de la R&D dans les actifs cosmétiques et, dans ce marché, le besoin d’innovation est permanent. De plus, gage de sérieux, depuis 2010, l’U.E. impose que toute allégation soit prouvée et nous devons donc montrer l’activité et l’efficacité de nos produits. Les tests sur les animaux étant interdits, l’étape in-vitro est d’autant plus importante or nous manquions de modèles adaptés. C’est après qu’il m’ait parlé de manière informelle de ses approches, que j’ai demandé à Bernard Ducommun : « Est-ce qu’avec votre savoir-faire vous seriez capable de créer des sphéroïdes qui imitent l’épiderme ? ».

 

Cependant entre la recherche académique et l’entreprise, il y a un véritable changement de paradigme. Les premiers visent une cible thérapeutique, les seconds un marché ! L’ITAV maîtrise une technologie de sphéroïdes utilisée pour l’oncologie. C’était potentiellement un excellent modèle pour mieux comprendre et évaluer les actifs sur un modèle d’épiderme mais il y avait un gros travail d’adaptation dont nous ne maîtrisions pas l’ensemble des facettes. Cette collaboration avec TTT et l’ITAV nous a permis de mener une recherche que je n’aurais pu ni financer ni atteindre seul, de créer de l’innovation pour un nouveau produit commercial…et, qui plus est, d’embaucher une collaboratrice formée et déjà qualifiée !”

 

 


 

Marine NORLUND (alors recrutée par Syntivia) :

 

Créer son emploi

 

“Bien que l’on m’ait initialement déconseillé un parcours purement académique, afin de garder un maximum de portes ouvertes, j’y suis malgré tout revenu. J’ai cependant toujours conservé la visée applicative de la recherche en tête. Après ma thèse, c’est justement ce profil qui m’a permis d’être recrutée par TTT. Mon poste était alors basé à l’ITAV, au sein de l’équipe IP3D . L’entente entre les 3 acteurs a été essentielle et la transversalité, outre l’aspect privé / public, en réunissant différentes disciplines scientifiques dans un même lieu, permet de résoudre de nombreux blocages techniques. Le centre Pierre potier est d’ailleurs un lieu de partage unique. Après tout, l’idée de cette innovation a émergée dans un endroit informel : la cafétéria, située entre entreprises et recherche académique, n’y est pas pour rien ! Au terme du projet, dès que les investisseurs ont augmenté le capital de SYNTIVIA, grâce à ma connaissance du projet, j’ai directement pu être embauchée en CDI et m’affranchir ainsi du laborieux parcours des multiples post-doctorats…”

 


 

Delphine Puertolas (Responsable technique Pôle santé de TTT)

 

L’expertise TTT

 

“Un partenaire comme Syntivia est totalement structurant pour le projet. Il apporte ses besoins, sa vision et ses informations sur le marché ciblé. TTT va lister tous les débouchés possibles mais également les risques et évaluer les coûts des solutions à sa disposition. Ainsi, avant d’investir, le projet est déjà qualifié en matière de risques techniques, de risques marché et de risques d’équipe tant côté laboratoire que côté entreprise. Chaque projet est alors présenté à un comité d’investissement composé de chefs d’entreprises et de chercheurs extérieurs à TTT. En cas de réponse positive nous assurons la gestion du projet sur le plan économique, du calendrier et contrôlons sa réalisation et ses coûts. Chaque projet est traité sur mesure !”

 

 


 

Jean-Pierre SAINTOUIL (Directeur Pôle santé de TTT) :

 

Renforcer le dialogue public/privé

 

“La mission première des SATT est la maturation : les industriels, les entreprises trouvaient toujours que les résultats dits technologiques dans les laboratoires étaient trop amonts, trop loin du produit. On en était arrivé à une époque, après les années 2000, où il y a eu beaucoup d’investissements de la part des capitaux-risqueurs s’étant détournés de la bulle internet pour s’impliquer dans la biologie. Ils ont rapidement réalisé que c’était autant si ce n’est plus risqué ! Ces derniers ont alors fait comprendre aux entreprises, aux start-ups qu’ils n’investiraient que si les produits étaient suffisamment matures, que s’ils avaient une chance plus importante de parvenir un jour sur le marché. Il y avait ce fameux gap, cette « vallée de la mort » à franchir. Notre rôle est justement de financer des technologies qui nous paraissent prometteuses, de les maturer, de les amener à un état tel que les investisseurs puissent souhaiter s’impliquer dans une telle entreprise ou que l’entreprise, si elle n’a pas besoin d’investisseurs, puisse la mettre sur le marché.

C’est l’originalité et la proposition la plus intéressante des SATT. Les entreprises l’ont très bien compris. C’est la SATT qui investit pendant 12 / 18 mois à la place de l’entreprise sur une technologie, allège les besoins en fonds propres de celle-ci et prend les risques technologiques du programme. Si le projet échoue, c’est elle qui absorbe les pertes. Pour les laboratoires, les SATT sont de formidables accélérateurs de transfert de technologie.”