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La genèse de Theraxen Technologies

  |   Lettre d'information

 Regards croisés sur la création d’une Nouvelle “biotech”

 

« Traversée du désert, no man’s land… » Les termes pour qualifier le passage de la découverte à l’entreprise sont aussi nombreux que connotés. Tous traduisent une expérience homogène, un sentiment éprouvé, mêlant prise de risques et manque de visibilité. Des solutions existent pourtant. Avec 3 créations d’entreprise en 3 ans l’ITAV, au sein du Centre Pierre Potier, démontre qu’une synergie entre plusieurs acteurs (CNRS, UT3, Toulouse Métropole) fait preuve de son efficacité, y compris dans les cas les plus originaux, comme ici avec la création de Theraxen technologies.

 


 

 

A ce titre, la création de Theraxen Technologies, 3ème entreprise issue de l’ITAV est une « magnifique réussite » comme le soulignent unanimement les partenaires impliqués dans ce projet. Si les réussites se mesurent à l’aune des obstacles franchis, le qualificatif ne semble effectivement par surfait. La chercheuse à l’origine de la création de cette entreprise, Emmanuelle Meuillet, a d’abord été accueillie pour développer son projet au sein de l’ITAV (CNRS / UT3) hébergé au centre Pierre Potier par Toulouse Métropole. Pour autant, son brillant parcours, mêlant recherche et création d’entreprise, ne rentrait dans aucune case. Après 18 ans passés aux Etats-Unis, après avoir fondé une première entreprise, PHusis therapeutics, elle revient donc en France, forte du soutien de la Fondation Toulouse Cancer Santé et du Rotary de Toulouse, afin de se lancer dans une nouvelle aventure scientifique. Au terme de cette période d’incubation à l’ITAV, les premiers résultats se montrent rapidement à la hauteur. L’entreprise est alors créée et c’est la SATT Toulouse Tech Transfer qui prend le relais pour l’accompagner dans sa maturation technique.

 

 

De nombreux débouchés

 

En haut à gauche, tissu sain. Les 3 autres vignettes correspondent à des tissus contenant des cellules tumorales. En brun : les cellules du cancer de la prostate qui expriment la cible therapeutique. Plus le stade est avancé, plus le marquage immunohistochimique de la cible est foncé et plus les cellules expriment cette cible.

En haut à gauche, tissu sain. Les 3 autres vignettes correspondent à des tissus contenant des cellules tumorales. En brun : les cellules du cancer de la prostate qui expriment la cible therapeutique. Plus le stade est avancé, plus  le marquage immuno-histochimique de la cible est foncé et plus les cellules expriment cette cible.

 

Avec un potentiel de 60 cibles thérapeutiques la jeune société a bon espoir quant aux débouchés éventuels. 6 molécules différentes sont d’ores et déjà en cours de développement, 4 sont testées sur le petit animal et 2 arrivent en phase clinique. « Nos molécules inhibent l’activité des protéines impliquées dans l’agressivité des cancers. » souligne Emmanuelle avant d’ajouter : « Notre plus-value, c’est aussi la connaissance de ces protéines, la façon de les cibler, et la batterie de tests à mener pour faire émerger le meilleur candidat médicament. Des débouchés sont possibles dans d’autres pathologies : diabète, maladies neurodégénératives… ».Au final, si, autour du pivot central qu’est l’ITAV, les acteurs sont nombreux –  Toulouse métropole, CNRS, Université Paul Sabatier, Fondation Toulouse Cancer Santé, SATT TTT – le passage de relais s’est fait dans des conditions optimales, des conditions qui ont permis de concrétiser une initiative prometteuse, avec en creux, l’espoir de nouvelles perspectives thérapeutiques…

 

 


Témoignages


 

Emmanuelle Meuillet – CEO Theraxen Technologies

 

Garder sa motivation intacte

 

“Les motivations de mon départ aux USA comme celui de mon retour 18 ans plus tard étaient tant professionnelles que personnelles. Cependant, en évaluant les différentes possibilités pour mon retour en France, Toulouse est clairement ressorti du lot. Toulouse, grâce à ce campus de l’« Oncopole » : peu d’endroits comptent une pépinière d’entreprises, à côté d’industriels, d’un hôpital dédié à la cancérologie…

 

Le travail mené ici est la suite logique de ce qui avait été débuté aux USA. Il y a eu des brevets sur lesquels repose la création de Theraxen Technologies. De nombreux aspects relatifs à la propriété intellectuelle doivent être négociés. Ces négociations ne relèvent pas du métier de chercheur, on apprend sur le tas, on se fait conseiller. On essaie aussi de faire au mieux pour parler à des investisseurs, lever des fonds, choisir ses associés…

Il ne faut pas avoir peur de tout non plus et on a le droit de faire des erreurs ! Il faut avancer en ayant toujours en tête son but. Mon but c’est d’avoir des médicaments en clinique pour sauver ou de rallonger des vies, c’est aussi simple que cela ! Il y a évidemment des enjeux financiers sous-jacents mais il ne faut pas que je perde de vue la raison pour laquelle j’ai fait toutes ces années d’études, la raison pour laquelle je me suis engagée dans cette voie : la pharmacologie, l’expatriation… “

 

 


 

F. Chollet (Adjoint au Maire de Toulouse, Vice-Président de Toulouse Métropole et membre du CA de la Fondation Toulouse Cancer Santé)

 

Synergie d’acteurs

 

“Ce projet est un exemple magnifique de coordination, d’une synergie réussie, de coordination entre l’action de l’ITAV en lien avec le CNRS, l’Université et l’action de la Fondation Toulouse Cancer Santé. Le problème de ces projets est que bien qu’ils soient issus de la recherche, au cours de la maturation, ils ne sont plus accessibles au système de financement classique de ce secteur tout en étant encore trop en amont pour recevoir l’aide aux entreprises naissantes. C’est un véritable no-man’s land.

 

Dans ce cas, il y a eu l’ITAV qui, avec le soutien de Toulouse Métropole, l’a hébergé sur un modèle très spécifique, celui de l’hôtel à projet et la Fondation Toulouse Cancer Santé qui l’a soutenu au travers de son financement transitoire. Alors qu’il n’était pas encore au stade de l’entreprise, ne rentrait dans aucune case, ce projet ouvre une voie, et c’est aussi cela que je retiens.

 

Le modèle doit maintenant être consolidé. Il faut continuer à construire l’ITAV et l’Oncopole. Ce site doit conserver un cœur d’activité orienté vers le cancer mais doit être ouvert à l’innovation thérapeutique, au monde de l’entreprise. La fondation, quant à elle, restera intimement liée à son développement, c’est le bras armé qui permettra son financement et pour la métropole, c’est aussi une forme de soutien à la création d’entreprise.”

 


 

Delphine Puertolas (TTT) – Responsable technique pôle santé

 

L’évaluation des risques

 

“Quand on évalue un projet ou lorsque, le cas échéant, on soutient un projet, nous faisons de la dentelle, c’est au cas par cas. Avant de lancer un programme de maturation, il fait l’objet, en interne, d’une phase d’instruction afin d’identifier et anticiper si possible les risques techniques, liés à la propriété intellectuelle, à la mise en œuvre de la maturation, à la commercialisation… Ensuite, le fruit de ce travail est soumis à notre comité d’investissement. L’évaluation des risques du programme de maturation est un outil d’aide à la décision de l’investissement de TTT.

 

Outre l’axe thérapeutique important, la force du projet résidait ici dans le fait que nous avions déjà le « valorisateur », prêt à développer son produit pour l’amener vers le marché : Emmanuelle Meuillet, avec sa double casquette, femme d’affaires et chercheuse. Pour elle, comme pour nous, c’est un avantage.”