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Boîte de pétri

Vers de nouvelles collaborations

  |   Lettre d'information

Nouvelles équipes, nouvelles collaborations, nouveaux projets… L’ITAV accueille deux nouvelles équipes, celle de Sophie Pautot en provenance de Dresde en Allemagne et celle de Manuel Rodriguez, en partenariat avec l’IPBS (CNRS). En parallèle, les collaborations avec plusieurs entreprises se renforcent, dont Univercell Biosolutions, pour laquelle Guillaume Costecalde, son président, narre une histoire dépassant le cadre toulousain. Trois parcours, trois thématiques différentes avec cependant un dénominateur commun, des histoires venant de loin et développant leurs projets dans une enceinte commune : celle de l’ITAV / Centre Pierre Potier.

 


 

 Chercheur au long cours


Témoignage de Sophie Pautot, chef de l’équipe hNM3D. Cette équipe nouvellement intégrée à l’ITAV vise à améliorer les cultures de neurones, un axe pouvant conduire à limiter l’expérimentation animale comme à améliorer les greffes de cellules neurales…

Harvard, Berkeley, Dresde…

 

« Durant ma thèse chez Dave Weitz, à Harvard, je travaillais sur les émulsions : crèmes glacées, aérosols… Les compagnies pharmaceutiques étaient particulièrement intéressées par l’encapsulation grâce à des liposomes [des capsules constituées de deux couches de lipides] car ils constituaient un moyen de délivrer des médicaments de manière contrôlée. Lors d’une présentation sur les problèmes de transplantation cellulaire, je me suis aperçue que cette même approche pouvait servir à encapsuler des cellules.

Deux ans plus tard, alors que je travaillais à Berkeley, cela a débouché sur des billes fonctionnalisées avec des structures proches des liposomes : on reconstruit une membrane artificielle comprenant une composante lipidique mais avec en plus une protéique mimant une cellule et surtout stimulant la formation de synapses [connexion entre deux neurones]. Une fois cette synapse artificielle reconstituée, nous sommes parvenus à visualiser en temps réel sa formation. J’ai alors proposé de remplacer les billes couvertes de lipides par des billes couvertes de véritables cellules neurales. Finalement tout s’est rejoint : les cellules neurales se développant sur notre substrat montraient une croissance rapide, construisant de manière autonome à partir d’un lit de bille un véritable édifice en 3D. Contrairement aux autres supports où elles donnaient majoritairement des cellules gliales [cellules nourricières des neurones], bien plus susceptibles de former des tumeurs chez le receveur de la greffe, elles devenaient ici toutes des neurones. De plus, alors que leur taux de survie moyen ne dépassait pas les 10% à 6 mois, il est monté à 40% avec cette technique.

Mon expérience suivante à Dresde a essentiellement porté sur un axe : valoriser cette découverte en améliorant les transplantations de neurones. Le brevet déposé côté USA m’a appuyé dans ce développement mais la valorisation de la recherche a été extrêmement difficile et n’a pas abouti pour plusieurs raisons dont notamment celle de devoir tout mener seule, y compris le business plan […].

 

 

…et donc Toulouse !

 

La leçon que j’ai apprise est que je voulais à l’avenir être sûre de rejoindre un laboratoire correspondant à mes visées scientifiques et ayant un réel désir de faire de la valorisation. C’est dur à évaluer à distance mais il y a des critères objectifs qui permettent d’y voir plus clair : on voit qui est recruté et sur quelles thématiques…

Un collègue français m’a fait passer l’annonce concernant des équipes projet à l’ITAV… Cela ne correspondait pas au schéma français de recrutement que je connaissais ! J’ai pris contact avec Bernard [le directeur de l’ITAV] et il m’a rassuré sur ce point ainsi que sur le potentiel d’intégration de mon équipe au sein d’un campus que je pensais pourtant exclusivement dédié au cancer. En plus de son ancrage d’origine, l’Oncopole a évolué vers l’innovation thérapeutique au sens large. Je suis alors venu donner un séminaire et appréhender l’environnement. Cette seule intervention m’a donné des éléments très concrets : j’ai tout de suite rencontré des gens de Syntivia (start-up du centre Pierre Potier), du CRCT (Centre de Recherche en Cancérologie de Toulouse, implanté sur l’Oncopole)… sur des thématiques transversales à la mienne. Je passais d’un institut qui était uniquement basé sur le développement des organismes, loin de comprendre mes travaux, à un endroit où je pourrai communiquer et interagir avec toutes les équipes que ce soit côté entrepreneurial ou médical. La proximité d’entreprises et le fait qu’ils recherchent des projets avec des visées industrielles étaient pour moi des arguments déterminants.

Alors que je ne suis pas titulaire, j’ai été retenu et bénéficie de financements pour mener mes projets à bien : la Fondation Toulouse Cancer Santé pour le salaire, le CNRS pour l’équipement et l’ITAV pour tout le reste !

Le projet de Sophie Pautot, Neurodiagnostic, est lauréat de l’Incubateur Midi-Pyrénées et va bénéficier durant les 12 prochains mois d’un accompagnement personnalisé dans l’optique de concrétiser son projet (déterminer sa valeur-ajoutée, son business model, trouver ses premiers clients…) et mettre ainsi toutes les chances de son côté pour réussir le lancement de sa startup

 

 

 


 

Relier les sommets, éviter les creux


Témoignage du président d’Univercell Biolsolutions, un récit dépassant largement le cadre toulousain ou national…

 

 

L’âge d’or des Biotechnologies

 

« Suite aux lois « Allègre » de 1999, j’ai participé à la création d’une dizaine d’entreprises au sein de la Génopole d’Evry. On était alors dans l’âge d’or des biotechnologies, on levait à l’époque 50 à 70 millions avec une facilité déconcertante… Cependant, l’annonce du séquençage du génome humain et l’interdiction de breveter le vivant ont signé la fin de cette industrie et, avec, l’explosion de la bulle spéculative : le secteur s’est effondré.

 

Le modèle de l’industrie pharmaceutique est en train de changer. Dans ce contexte, proposer des plateformes et des modèles innovants aux big-pharmas pour le développement de nouvelles molécules thérapeutiques constituent selon moi un « business-model » très intéressant. C’est notre positionnement pour la création d’Univercell Biosolutions. Le projet est né d’un constat simple : aujourd’hui 100% des tests réalisés en préclinique portent sur des cellules murines ou des cellules modifiées et 1/3 des molécules sont retirées lors du passage en clinique notamment pour des problèmes de toxicité cardiaque. Encore plus alarmant, une molécule sur deux mise sur le marché est également retirée pour ce même problème. Ce qui veut dire que d’une part les outils de criblages ne sont pas totalement efficaces pour une prédictibilité clinique et que d’autre part, les tests actuels manquent de pertinence. L’attente est donc colossale, autant pour les industriels que pour les patients. Il y a deux raisons aux échecs : Les modèles animaux ne sont pas équivalents aux modèles humains et il y a autant de cœurs différents que de personnes différentes, ne réagissant pas toutes de la même manière aux traitements.

C’est ici qu’intervient Univercell Biosolutions, en proposant de remédier à ces obstacles par l’emploi de cellules souches induites. La société a été créée autour de deux cœurs de métier : cellules souches induites et production de cardiomyocytes dérivés de celles-ci. Notre technique permet donc de faire des tests à partir de cellules de n’importe quel patient. C’est un essai clinique dans une plaque ainsi qu’une opportunité de revaloriser les chimiothèques industrielles au travers de modèles cellulaires totalement innovants.

Les cellules souches servent à se rapprocher de la réalité humaine et de chaque réalité individuelle. En faisant un « reset » dans la cellule on ne gardera que sa composante génétique, pas les habitudes de vie de la personne qui l’on porté. Elles ne répondront donc certes pas à toutes les questions mais représentent aujourd’hui pour l’industrie une véritable révolution.

 

 

Vers un second souffle

 

J’ai été autrefois l’artisan technique de la mise en place du premier fond de pré-amorçage et il faut croire que cela n’a pas beaucoup évolué : c’était un fond qui visait à combler l’éternel fossé entre la sortie du laboratoire et le premier produit commercialisable. Après un passage à l’incubateur, Univercell Biosolutions a été créée avec un siège social toulousain et un établissement secondaire à la Génopole d’Evry. Le fondateur y travaillant et le lieu étant affiché comme le premier centre d’expertise en cellules souches au niveau national, toutes nos activités étaient localisées à Evry.

 

Aujourd’hui, on a fermé nos unités à la Génopole, parce que grâce au centre Pierre Potier et aux aménagements financés et soutenus par Toulouse Métropole, on a eu un bâtiment qui répondait totalement à nos attentes. Et puis, il est évident qu’il y a un truc qui est assez extraordinaire ici, c’est la communication entre l’ITAV et les entreprises. On a trouvé un fonctionnement très fluide et efficace, soutenu par une réelle volonté au niveau de la direction. Ce fonctionnement à « l’anglo-saxonne » est assez unique dans l’hexagone. Pour que les gens collaborent, il faut qu’ils apprennent à se connaître, qu’ils apprennent à démystifier les deux parties, privé et public, et cela ne peut se passer que par l’humain. L’outil ITAV / Centre Pierre Potier est complétement dimensionné et réfléchi pour répondre à cette question. Derrière des termes comme « Clustérisation », « continuum de la science », ce sont les lieux de vie qui comptent et qui restent !!!

Un autre point qui nous a menés ici, ce sont les compétences et les capacités d’accès. L’accès aux plateformes de l’ITAV est essentiel. Nous préférons investir dans la R&D que dans des équipements lourds. En ce sens, le support de la ville de Toulouse est également très important.

La création d’entreprise, surtout en biotechnologies rime avec temps de développement longs et risques technologiques effroyables, or tous ces atouts nous permettent de croire en l’avenir de manière plus sereine !

 

 

 


 

Les idées voyagent plus vite que les hommes


L’équipe de Manuel Rodriguez, chercheur CNRS, vient en partenariat avec l’IPBS* de rejoindre l’ITAV. Bien que dorénavant solidement ancré en terre toulousaine, ce chercheur Franco-Mexicain raconte une aventure internationale…

 

 

Les pièges à ubiquitine

 

« L’ubiquitine, tient d’une racine commune avec « ubiquité » : elle intervient dans de nombreux mécanismes chez l’ensemble des eucaryotes. De la même manière que le phosphore, en s’associant avec d’autres protéines, elle change leurs conformations et fonctions. Cependant, à la différence de celui-ci, plusieurs ubiquitines peuvent interagir avec une même protéine, voire former une chaîne plus imposante que la molécule initiale !

Je me suis tout d’abord intéressé à cette molécule car elle jouait un rôle majeur suite au stress subi par les cellules, comme lors des chimiothérapies. Très rapidement, on a pu identifier des applications : certaines cellules cancéreuses présentant des défauts d’ubiquitination sont par exemple résistantes à la chimiothérapie. La base scientifique de mon projet était donc d’employer l’ubiquitine comme biomarqueur. Pour cela, nous avons développé des pièges à ubiquitine connus sous le nom de TUBEs. Ils permettent de travailler sans être intrusif au sein même des cellules et sans artefacts d’observation. Le champ d’application est vaste !

 

 

Le poids de l’histoire et le sentier de la valorisation

 

Historiquement, l’Espagne, où j’ai travaillé durant 10 ans, concentrait ses investissements majeurs sur le tourisme, l’acier, l’automobile…Voulant se diversifier, le pays a par la suite investi dans des secteurs tels que les biotechnologies. Alors que je débutais mes travaux en 2004, avec des applications en 2009 et les premiers produits en 2010, le pays tâtait ce terrain et encore, dans d’autres domaines que le mien. Pour pouvoir « passer », il fallait que j’apporte l’invention, le produit et l’acheteur : un véritable challenge ! La seule entreprise directement intéressée se trouvait aux Etats-Unis : Lifesensors. Ils ont immédiatement acheté la licence et seulement un an plus tard, le produit était sur le marché…

 

Après 2010, la crise économique et les grosses coupes budgétaires ont touché mon équipe, j’ai quitté l’Espagne. A partir des brevets alors déposés, nous avons développé avec Lifesensors plusieurs procédés de détection et purification. Le principe était simple, en répétant un motif moléculaire portant sur 4 domaines, on arrive à créer un piège à Ubiquitine présentant 1000 fois plus d’affinités qu’avec la méthode des anticorps. Une telle affinité était inattendue ! Malheureusement, alors que la découverte est donc issue d’Espagne, les produits sont aujourd’hui fabriqués aux Etats-Unis… pour être vendus en Europe !

Un collaborateur m’a alors parlé d’un laboratoire particulier, une solution permettant de concilier recherche et visées applicatives : il s’agissait de l’ITAV. Après m’être renseigné, le fait qu’il comportait les outils nécessaires à l’utilisation de ma technologie m’a conduit à déposer ma candidature. Je souhaite maintenant continuer à développer ces pièges moléculaires tout en collaborant avec mes collègues pour mener la recherche fondamentale vers des objectifs plus appliqués… En cela, la structuration de l’ITAV et le partenariat avec l’IPBS* a tout pour m’aider dans la poursuite de mes projets !

 

*Equipe “Targeting of Proteins for Proteasomal Degradation in Cell Differentiation” dirigée par Pierre Lutz and Christel Moog-Lutz